Les photographies anciennes sont des objets précieux, puisqu’elles sont « témoignages ». De plus, lorsqu’il s’agit de photos de familles, cette dimension est amplifiée d’une part, parce que cette personne-« là » est liée par la chair à nous-même, mais aussi parce que dans cette époque où chacun est indépendant, autonome, « libre » mais finalement très seul, ces images constituent un infime rattachement à nos racines. Le vieil objet abîmé, noircit, corné, nous est alors très cher en tant que preuve, en tant que relique.
Ces objets mélancoliques, cachés, oubliés, classés dans des albums poussiéreux forment, lorsqu’ils sont ainsi assemblés, une sorte de cimetière d’images ; un sentiment de respect profond et de chagrin nous envahi à l’ouverture de ces « caveaux ». Cet effet procuré par ces photographies est devenu universel.
Ainsi, chacun peut l’éprouver sans qu’il s’agisse nécessairement de clichés de ses propres ancêtres du moment qu’ils portent les aspérités du temps. C’est de cette même manière qu’universellement elles remplissent un rôle de memento mori, rappelant à chacun que nous aussi, tout comme les « spectres » sur les photographies, finirons par mourir.
C’est en m’inspirant de ces images, notamment à partir de photographies ayant appartenues à mon grand-père, que je recrée alors des décors, des environnements pour ces personnages perdus. En travaillant en deux dimensions via le dessin et la peinture ou en trois dimensions en fabriquant des intérieurs faits de papiers (à motifs où sur lesquels j’ai préalablement dessiné) : ces « pièces » sont ensuite photographiées et c’est alors par montage photographique sur ordinateur que j’y inclus mes personnages. Ainsi, l’objet final est toujours bi-dimensionnel, sous forme de cartes postales ou de plus grands tirages.
C’est surtout grâce aux couleurs soutenues (formant un contraste avec le noir et blanc des personnages) et à l’aspect un peu kitsch de ces objets relativement simples et naïfs, que ces bonshommes grisonnants retrouvent une nouvelle histoire et par conséquent une nouvelle vie. En jouant ainsi sur une légère dérision, le factice, cela permet de montrer la part de gaité que l’on peut trouver dans ces images au-delà de la nostalgie. On peut alors dédramatiser ces images et les sortir du carcan de l’album photo.
Rendez-vous le 1er Juin 2011 sur lesmelancolies.com
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Bien à vous Claire Rey